Le rituel courthézonnais

3 novembre 2019

Dans cette homélie, je voudrais revenir sur ce qu’entre nous nous appelons le « rituel courthézonnais », l’ensemble des choix que nous avons fait pour la liturgie de la messe.

Rappelons, d’abord, une donnée de base. La messe est faite de deux grandes parties, la liturgie de la Parole et la liturgie de l’Eucharistie, précédées de l’Entrée et suivies de l’Envoi. Donc : Entrée, Parole, Eucharistie et Envoi.

Pour l’Entrée, nous privilégions une procession du célébrant avec les servants pendant le chant d’entrée, qui est introduit par le chantre. Il est bon que la croix soit encadrée par deux cierges. Cela atteste que la célébration est célébration de la Mort et de la Résurrection du Seigneur.

La grande originalité du début de la messe à Courthézon est le temps de recueillement, très vite après l’introduction liturgique : signe de la croix et accueil par le célébrant. Cela est très significatif de ce que nous voulons vivre dans nos célébrations : une relation authentique avec le Seigneur. Jusqu’ici j’ai introduit ce temps de recueillement par quelques mots donnant une orientation particulière à la méditation. A partir de ce dimanche, nous faisons l’expérience d’un chant à l’Esprit Saint. En fait, j’y pensais depuis longtemps, car il manque dans la liturgie romaine de la messe un chant à l’Esprit Saint. Ce chant devrait aider au recueillement. Il sera suivi d’un temps de silence. Puis, nous lèverons pour le « rite pénitentiel ».

Vous aurez remarqué qu’un soin particulier est mis pour mettre de la continuité et de la cohérence entre ce qu’on appelle « le rite pénitentiel » et le « Gloire à Dieu ». Nous cherchons, aussi, à faire du Gloria un vrai chant de louange. Depuis peu nous prenons un nouveau « Gloire à Dieu », plus rythmé et dialogué.

Très généralement, je rédige l’oraison, qui conclut l’entrée. En effet, les oraisons du missel sont, généralement belles, mais très éloignées de nos sensibilités et de nos préoccupations.

Un soin particulier est donné à la Liturgie de la Parole. L’idée de base est que la Parole ne tombe pas du ciel comme la tuile du toit ! Les introduire, même le psaume, paraît indispensable. D’autant qu’il est très difficile d’y revenir dans le cadre de l’homélie, qui concentre le commentaire sur l’évangile. Le refrain chanté et la nomination de la personne qui vient lire renforce l’attention et humanise la lecture : Parole de Dieu, mais lue par un homme et une femme, qui a un nom !

La procession de l’évangéliaire pendant l’alléluia est plus traditionnelle, mais cependant très significative. Il est bon que les servants, porteurs de lumière, accompagnent le célébrant.

L’homélie est une exigence forte pour le célébrant. Il ne doit pas ressasser les mêmes choses ou être trop long. Il doit nourrir son peuple. L’Amen final repris par l’assemblée l’exprime bien. Généralement le silence après l’homélie est bref. On pourrait penser qu’il faut laisser aux gens le temps de reprendre mentalement l’homélie qu’ils viennent d’entendre, mais je crois qu’il faut avoir un temps bref : la profession de foi et la prière universelle jaillissent du cœur des fidèles, qui sont remplis de la Parole. Il est bon, comme pour le rite pénitentiel et le « Gloire à Dieu », d’articuler fortement la Profession de foi et la Prière universelle.

Il est bon, aussi, d’alterner le Symbole des Apôtres et le Symbole de Nicée-Constantinople. Nous prendrons en continu le Symbole des Apôtres et en alternance (côté droit avec le célébrant/côté gauche avec l’animateur) le Symbole de Nicée-Constantinople.

Récemment nous avons enrichi le rituel des offrandes. L’idée de base est que les offrandes sont le fait de l’Assemblée et, donc, ne doivent pas être dans le chœur, mais dans la nef. Plutôt qu’une procession des offrandes, nous avons créé un rituel très particulier : une fois la quête faite, les quêteurs se placent de part et d’autre de la table qui, devant le chœur, portent les offrandes, , alors, les personnes qui présenteront le calice au moment de la communion, montrent à l’assemblée la coupe et les deux calices, en les soulevant, dans un vrai geste liturgique, au moment du refrain du chant, puis elles entrent dans le choeur, suivies des quêteurs. Cela prendra son plein sens si chacun, dans l’assemblée, fait intérieurement ce geste d’offrande.

La grande originalité pour la Prière eucharistique est l’encens que l’on brûle pendant qu’est chantée l’anamnèse. Cela signifie la présence divine sur l’autel. Les trois coups de gong, placé devant l’autel et non sur le côté, avec le servant à genou, au moment de l’élévation, vont dans le même sens. Je peux vous dire que les servants : on pense à Lou ou à Arthur ! y prennent un plaisir très particulier.

La doxologie est chantée. Le célébrant que je suis a besoin du soutien du chantre, qui s’avance alors vers l’autel. L’assemblée chante l’Amen !

Le chœur de l’église de Courthézon a une belle disposition, mais l’autel est très loin de l’assemblée, d’où le choix de s’avancer à l’entrée du chœur au moment du Notre Père et du geste de Paix. C’est aussi un moment privilégié pour la participation, des enfants.

« Fraction du pain » est l’expression la plus ancienne pour désigner la célébration eucharistique. Il est bon de la mettre en valeur. Pour cela, le mouvement du geste de paix étant achevé et clos par l’interpellation du chantre : « Recueillons-nous ! », je romps l’hostie par le milieu et les deux morceaux écartés je dis : « Que le Corps rompu du Seigneur rassemble son Eglise ! » Et l’assemblée répond : Amen ! Et pendant que je fais le reste de la Fraction, on chante l’Agneau de Dieu, qui est le chant de la Fraction.

La communion au Corps et au Sang du Seigneur, on dit : « sous les deux espèces » est bien reçue. Mais l’importance de la chose m’invite à un commentaire particulier dans quelque temps. Juste une remarque : une fois le ciboire replacé au tabernacle, j’enlève de l’autel la coupe d’encens. Les deux gestes sont complémentaires. C’est un détail, mais très significatif.

La méditation qui suit la communion est le second, et le plus important, moment de silence de la célébration. Il convient qu’il se prolonge quelque peu. C’est un moment essentiel. C’est le grand moment de l’intimité avec le Seigneur et il se vit dans la communion avec les frères.

Parfois, dans les paroisses, on place les annonces après de temps de silence, et l’oraison de communion vient après. C’est un très mauvais choix ! Il convient que l’oraison, prononcée par le prêtre, ressaisisse la prière de tous, faite dans le silence. On a bien le temps ensuite des annonces, qui amorcent, en fait, l’Envoi.

Je suis toujours frappé par la brièveté de l’Envoi. Une fois l’Eucharistie célébrée, on ne s’attarde pas dans l’église. Du moins liturgiquement, parce que sur le seuil, ici à Courthézon, on prend tout son temps. Et c’est très bien. Mais, dès les annonces faites, on chante. Et c’est la bénédiction finale et l’envoi liturgique. J’ai eu l’occasion de commenter cet envoi. Le prêtre ne dit pas : « Ca y est, c’est fini, vous pouvez rentrer tranquillement à la maison ! » Il dit : « Allez » : c’est un envoi - comme le Fils a été envoyé par le Père et comme le Fils a envoyé les apôtres, et quand il ajoute : « dans la paix du Christ », cela signifie qu’on n’est pas envoyé sans rien ! On est porteur de « la Paix du Christ », c’est-à-dire du mystère célébré et reçu.

Bien d’autres détails auraient pu faire l’objet de mon commentaire, mais j’ai tenu à faire celui-ci pour vous inviter, non seulement à une meilleure compréhension des gestes et des paroles de la liturgie, mais à les vivre avec foi et amour, dans la relation avec le Seigneur et dans la communion entre frères.